28 septembre 2009
Dendrites: Prolongement du corps cellulaire des neurones.
J'étais dans le jardin des parents, les arbres étaient morts et avaient été sciés. Il flottait dans l'air une espèce de brume faite de grains de pollen qui accrochaient les rayons du soleil. Dans cette brume irisée, fugitivement, un des arbres morts, un sureau, m'apparaissait au complet. Il n'était plus mort, il était d'une beauté surnaturelle.
J'ai voulu prendre cette merveille en photo alors je suis montée dans la maison pour chercher l'appareil. Mais quand je suis ressortie il s'était mis à pleuvoir, et comme la pluie abat le pollen, elle avait supprimé cette brume et on voyait que l'arbre était nu, rabougri et mort. Il était mort depuis longtemps parce qu'il n'y avait plus de petites ramifications, et des lambeaux de mousse pendaient aux branches, comme dans les marécages.
21 septembre 2009
Le jardin en 2007
A gauche sur le plan, le jardin des Bientz. Deux hangars qui servaient à sécher le bois bordent le jardin des parents. Comme les Bientz étaient menuisiers, autrefois par les fenêtres ouvertes on entendait le bruit discontinu de la scie circulaire. La scie tourne presque tout le temps mais on ne l'entend que quand elle mord le bois. C'est la même chose avec le temps qui tourne sans cesse mais qu'on ne sent passer que quand on perd un morceau de sa vie. A droite, le jardin des Schultz.
Devant la maison il y a un catalpa que papa taillait et retaillait pour qu'il ne prenne pas trop d'ampleur: on le voit déborder sur le trottoir. Cette année c'est maman qui a sectionné les jeunes branches qui partaient à l'assaut du ciel. L'espèce d'étoile derrière le catalpa est un bouleau pleureur. Vers le milieu du jardin de devant, un grand pin que les parents avaient planté à la naissance de Jean. Il s'appelait Juan le pin, ça va de soi. A l'angle de la maison à droite, un jeune noyer. Depuis deux ans il est atteint d'une maladie qui s'est beaucoup répandue ces dernières années en Europe. Les noix paraissent saines jusqu'à la fin de l'été. A ce moment en quelques jours elles pourrissent: l'arbre a été victime d'un parasite qui pond ses oeufs dans les noix au printemps avant que les coquilles protectrices ne durcissent.
Au jardin de devant on préfère celui de derrière qui est à l'abri des regards, du bruit des voitures et du soleil trop chaud de l'après-midi. Près de l'escalier de derrière il y a un conifère au tronc duquel on suspendait la clé quand on partait. Pas la peine d'aller y voir, la clé n'y est plus. Au mileu du gazon, le plus grand arbre est un tilleul. Papa l'a beaucoup taillé aussi. Chaque jour il ratisse et ramasse les feuilles qui tombent et il les met soigneusement en tas avec des pierres dessus pour qu'elles ne s'envolent pas. Les lettres et les cartes qu'on lui envoie il les met ensemble ainsi, dans des cahiers, affectueusement, avec d'autres souvenirs.
A gauche, le long des hangars, deux sureaux, un par hangar. On ne les a pas plantés, ils ont poussé là. Au fond à droite, deux groseillers. A droite aussi mais au bord de la maison, deux érables ornementaux, un vert clair et un rouge.
Du côté des Bientz il y a un fossé de moins en moins profond en allant vers l'arrière parce que le jardin est en pente. Du côté des Schultz il y a beaucoup de soleil alors on y plante les tomatiers. On ne récolte pas grand chose, de nouveau à cause d'une maladie. Le lilas aussi est malade maintenant, et le buis à côté.
02 septembre 2009
... comme la guérison au bout d'une lame (Mademoiselle Bistouri)
19 août 2009
Coeur
On a perdu la main, on a perdu la tête,
mais le coeur y est
15 février 2009
Nids d'hirondelles
Les nids d’hirondelles sont en réalité des nids de martinets, pas des martinets qui vivent chez nous et qui vous sont si familiers que vous n’entendez même pas que le calme de vos soirées d’été est saturé de leurs cris stridents, mais d’une espèce en voie de disparition à force de voir ses nids arrachés pour la consommation.
C’est la salive des martinets qui sert de ciment à leurs nids, et c’est cette salive qui donne aux nids d’hirondelles leurs prétendues qualités alimentaires.
Les nids d’hirondelles sont très chers du fait de leur rareté et des difficultés que doivent surmonter ceux qui les cueillent au plafond de vastes grottes. On ne sait plus si c’est la rareté du mets qui lui donne sa valeur, ou sa valeur qui explique qu’on se brise l’échine à chercher une denrée si rare.
Les Asiatiques accordent aux nids un grand intérêt culinaire et gustatif, et leur reconnaissent de nombreuses propriétés médicinales; on ignore encore si les nids ont réellement une influence sur notre santé, il certain en revanche qu’ils n’ont aucun goût. On les cuit longuement dans un bouillon où ils se défont en filaments, et c’est ce qu’on met dans ce bouillon qui donne son goût aux nids d’hirondelles.
Les controverses au sujet de l’intérêt alimentaire des nids d’hirondelles me font penser au dessert que ma chère Piyajit avait confectionné pour le jour où je les avais invités, elle et Path, son ami. Piyajit et Path sont Thaïlandais et sont tout simplement les personnes les plus gentilles du monde. Et le dessert ? C’était du riz dans une sauce brune que j’ai prise pour du chocolat.
Path et Piyajit ont à peine mangé du bœuf carottes que je leur avais préparé, Piyajit surtout a rapidement fait forfait. Elle s’est rattrapée au dessert en mangeant avec appétit de cette espèce de gâteau de riz qu’elle avait apporté. Or cette préparation était, pour mon goût grossier d’Européenne, absolument fade. Ni sucrée ni salée, elle n’avait pas le goût du chocolat, elle n’avait pas le goût du riz non plus. Mais, m’ont expliqué mes invités, elle avait l’excellent goût de quelque chose – je n’ai jamais su de quoi – qui est très apprécié en Thaïlande. Je commençais à comprendre quelle répulsion avait pu leur inspirer mon bœuf carottes, celle que j’aurais éprouvée si, invitée chez des hommes préhistoriques, j’avais dû manger une tranche de trompe de mammouth.
Je me suis efforcée de sentir ce qu’il y avait à sentir dans ce dessert mais je n’y suis jamais parvenue. Je n’ai jamais entendu non plus comment se dit « Piyajit », bien que mon amie m’ait répété son prénom très souvent pour m’apprendre à le prononcer.
Et les nids d’hirondelles ? Ils représentent pour moi ce qu’on raconte de sa vie. On peut bien raconter ce qu’on a fait, ce qu’on a vu, ce qu’on a senti, mais comment faire ressentir le goût de ce qu’on a vécu ? Si je vous dis que maman s’était fait une robe dans un tissu blanc avec des motifs couleur café et rouge vermillon, qu’est-ce que ça vous fait ? Mais moi je ne peux pas voir cette association de couleurs sans ressentir un plaisir inexprimable. La prochaine fois que vous verrez des géraniums rouges avec des géraniums blancs, ça ne vous fera aucun effet. Mais moi, comme un chat joue avec une souris avant de la tuer, je jouerai avec mon plaisir, je les regarderai juste un instant, ces géraniums, puis je regarderai ailleurs, comme je m’abstiens d’écouter trop souvent les airs qui me transportent, ou de regarder la photo sur laquelle un homme que je ne connaissais pas encore, jeune et affreusement beau, regarde amoureusement une femme que je ne connais pas.
01 février 2009
Bison
J'ai rêvé que je regardais par la fenêtre. Il neigeait et le vent fort faisait tourbillonner des paquets de flocons. En bas à gauche, de part et d'autre d'une clôture, il y avait deux vaches que j'avais déjà vues. De mon côté de la clôture une vache rouge et blanche couchée sur le dos la langue dehors: elle était morte; et de l'autre côté, une vache à taches noires qui ne pouvait pas se résoudre à laisser cette vache mourir. Et donc pour la forcer à se relever, elle la mordait. Et le plus incroyable c'est que ses efforts n'ont pas été vains: la vache rouge s'est relevée. Certes elle restait immobile et tremblait sur ses pattes. Elle était toute raide, ce n'était pas un résultat très probant. Mais un bison furieux est arrivé! Il courait tête baissée et ses naseaux fumaient. Il a pourchassé la pauvre vache rouge déjà si faible, menaçant de lui percer les flancs avec ses cornes. La pauvre vache rouge s'est mise à courir pour échapper au bison, elle courait de plus en plus vite et avec quelle aisance! Elle était guérie.
07 novembre 2008
Ah les neiges d'antan 2
D'ailleurs depuis ma plus tendre enfance papa nous
racontait des histoires de neige, d'oiseaux frileux et affamés qui venaient
frapper du bec contre la fenêtre et d'autres féeries de ce genre; aussi de
villages disparus, par exemple Gutzwiller dont les cloches sonneraient tous les
soirs de Noël. En permanence des miettes de pain, du beurre, du lard, des
pépins de pommes, des noix hachées en menus morceaux attendaient les pauvres
petits oiseaux sur les rebords des fenêtres... et le va-et-vient des mésanges ou
des bouvreuils occupait une grande partie de mes heures de loisir.
A ma grande honte je dois avouer que les merles et les
moineaux étaient moins bien lotis que leurs congénères: Devant la grange nous
semions pour eux des pommes pourries et des grains de b1é... mais par-dessus nous
dressions un tamis relevé sur un bord et soutenu par une bûche à laquelle était
attachée une ficelle que nous recouvrions de son ou de la paille hachée. Et,
derrière une porte, nous guettions avec une grande patience notre future proie.
A peine s'approchait-elle du piège que la main se crispait sur la ficelle et
dès que l'oiseau était suffisamment sous le tamis: clac! la bûche était retirée et
le tamis s'abattait sur le malheureux prisonnier... Je décris plus un rêve
qu'une réalité, car les oiseaux se montraient extrêmement méfiants, prudents,
adroits et même s'ils y laissaient quelques plumes, je ne me souviens d'aucun
oiseau ainsi capturé. Mais l'essentiel n'était-il pas, tout compte fait, de
nous avoir occupés pendant des heures et des heures ?
03 novembre 2008
Ah les neiges d'antan
Ah! les hivers d'antan...
C'est certainement la saison
hivernale qui me laisse les souvenirs les plus attendris, des
souvenirs que je caresse encore volontiers aujourd'hui.
Quand on se levait, le matin, jamais trop tard: dans la famille on nous a habitués à être des lève-tôt, la Stuba était déjà bien chauffée et sentait encore la chaleur nouvelle mêlée aux odeurs de la veille: notamment les pommes croquées, les pommes qui cuisaient au four ou que sais-je encore. Le Chachelofa, poêle en faïence qui existe encore aujourd'hui, ce n'était pas simplement un moyen de chauffage, c'était un être, c'était un ami qu'on caressait, contre lequel on se pressait, sur ou sous lequel on se couchait... et qu'on était heureux de retrouver chaque matin.
Très fréquemment avant même de nous lever, dès qu'on entendait du bruit à la cuisine nous réclamions une Rhümschnétta: une tartine faite d'une solide tranche de pain paysan sur laquelle on étalait une épaisse couche de crème fraîche qui était abondamment sucrée. L'aspect n'était peut-être pas très appétissant mais nous la savourions avec délices...
La neige était attendue
avec impatience. Chaque soir je tournais mon regard vers les nuages
en les implorant de nous donner du froid et de la neige. Et jamais,
me jurais-je, je ne serais comme mes parents qui eux geignaient à
l'approche de l'hiver. Eux, bien sûr, ils pensaient à
Paul et à Remy: tous les deux se rendaient à Mulhouse,
le premier pour suivre la Winterschüal des cours d'hiver
pour futurs agriculteurs, et l'autre pour aller au Gymnasium. Ils
devaient donc matinalement, à vélo, se rendre à
Sierentz sur la route enneigée, affronter le froid ou la pluie
etc... Ils pensaient aussi aux jeunes de Waltenheim et d'ailleurs qui
étaient sur le front russe, à Stalingrad ou ailleurs,
et pour lesquels on collectait en ce moment des couvertures et des
vêtements chauds. Nous, les enfants, on attendait la neige.
(à suivre)
22 octobre 2008
Un paragraphe pour Hervé

En 70 papa résume encore souvent le film qu'il a regardé avec maman la veille, puis l'enthousiasme pour la télé se calme et dans les grands cahiers les résumés de films finissent par disparaître. Pendant que les parents regardent la télé Corinne et moi organisons des opérations commandos. Objectif: le haut du placard où est rangé le chocolat. Poser la poubelle sur une chaise puis se percher sur la poubelle sans l'écraser. Une fois on a pris toute la tablette et on l'a montée dans notre chambre. On a entendu papa qui montait l'escalier alors on a vite caché la tablette sous l'oreiller de Corinne et on s'est couchées. Papa s'est mis entre nos deux lits et nous a raconté une histoire. Et nous méchantes qui avions volé le chocolat... Avant de nous quitter il nous demande un baiser en stéréo et pour le recevoir passe tendrement ses bras sous nos oreillers respectifs, afin de rapprocher nos têtes de ses joues; ce que faisant il tombe sur le chocolat volé. J'étais si triste de le décevoir! mais ça n'a duré qu'un instant parce qu'il a éclaté de rire et nous a donné un petit morceau à chacune avant de redescendre avec le reste de la tablette. Et il riait encore.
21 octobre 2008
Toi comme tu es...
Pendant leur voyage de noces mes parents ont commencé à tenir un journal. Au début papa et maman ont écrit tour à tour, d'ailleurs on ne sait pas toujours bien qui écrit parce que leurs écritures se ressemblent et qu'ils prennent parfois le rôle l'un de l'autre. Assez rapidement ce n'est plus que papa qui a tenu ce journal, qu'on appelait tous Le Grand Cahier (ce qui plus tard m'a immédiatement rendu sympathique le roman ainsi intitulé) l'écriture de papa est devenue de plus en plus ronde et gaie, et au fur et à mesure que nous les enfants grandissions et devenions capables de lire, le contenu est devenu moins intime.
Le Grand Cahier se compose en fait de plusieurs cahiers, et se poursuit toujours aujourd'hui. A la fin des années soixante et au début des années 70 nos mots d'enfants occupent une grande place dans le journal. Papa riait volontiers quand on était effrontés, et ne passait jamais brusquement du rire à la colère comme font traîtreusement certains parents: on pouvait se livrer à l'impertinence en toute confiance.
Le passage que j'ai choisi de scanner me donne l'occasion de dire comme je tiens à papa.









