Je me tapissais sous l’édredon en me disant que de cette manière l’assassin ne verrait peut-être pas qu’il y avait quelqu’un dans le lit. Quand même ma tête dépassait. J’entendais des bruits en bas dans le couloir. Et si l’ombre d’une main gigantesque apparaissait à la fenêtre ?

Je serais bien allée me réfugier chez les parents mais leur chambre était en bas, il aurait fallu sortir de la chambre, descendre l’escalier. Et je leur aurais dit quoi ? Pour pouvoir dormir dans leur lit, il fallait avoir vomi ou fait un cauchemar.

Le jour je ne disais rien de mes nuits. Comme il ne s’était rien passé, je savais bien qu’il n’y avait rien à craindre, je n’étais pas folle! On se serait peut-être moqué de moi si j’avais dit que j’avais peur des voleurs. Et puis le jour je n’avais pas peur. 

Une nuit, je ne sais plus où j’ai pu puiser ce courage, ou par excès de terreur avais-je préféré en finir ? j’ai pris mon oreiller (pour dormir chez les parents il fallait s'en munir), j’ai surgi de mon lit. Il ne s’est rien passé d’anormal. J'ai allumé la lumière sur le palier dans l'espérance que le voleur se cacherait puis j’ai descendu l’escalier, les yeux écarquillés. Arrivée près de la chambre des parents, j'ai compris que c'était notre hamster qui faisait le bruit que j'avais entendu en tournant comme un fou dans la roue qui équipait sa cage. Le hamster et moi, on s’est regardés un instant, et puis il a repris son voyage sur place. Je suis remontée me coucher.

Les hamsters mangent à toute vitesse presque sans mâcher et stockent la nourriture dans leurs bajoues. De retour dans leur terrier, quand ils se sentent en sécurité, ils savourent enfin ce qu’ils ont englouti. Les hamsters déploient l’essentiel de leur activité à l’abri des regards, la nuit.