oiseaux

 

D'ailleurs depuis ma plus tendre enfance papa nous racontait des histoires de neige, d'oiseaux frileux et affamés qui venaient frapper du bec contre la fenêtre et d'autres féeries de ce genre; aussi de villages disparus, par exemple Gutzwiller dont les cloches sonneraient tous les soirs de Noël. En permanence des miettes de pain, du beurre, du lard, des pépins de pommes, des noix hachées en menus morceaux attendaient les pauvres petits oiseaux sur les rebords des fenêtres... et le va-et-vient des mésanges ou des bouvreuils occupait une grande partie de mes heures de loisir.

A ma grande honte je dois avouer que les merles et les moineaux étaient moins bien lotis que leurs congénères: Devant la grange nous semions pour eux des pommes pourries et des grains de b1é... mais par-dessus nous dressions un tamis relevé sur un bord et soutenu par une bûche à laquelle était attachée une ficelle que nous recouvrions de son ou de la paille hachée. Et, derrière une porte, nous guettions avec une grande patience notre future proie. A peine s'approchait-elle du piège que la main se crispait sur la ficelle et dès que l'oiseau était suffisamment sous le tamis: clac! la bûche était retirée et le tamis s'abattait sur le malheureux prisonnier... Je décris plus un rêve qu'une réalité, car les oiseaux se montraient extrêmement méfiants, prudents, adroits et même s'ils y laissaient quelques plumes, je ne me souviens d'aucun oiseau ainsi capturé. Mais l'essentiel n'était-il pas, tout compte fait, de nous avoir occupés pendant des heures et des heures ?